Mais avant toute chose, autant vous dire qu’on ne vous a pas laissé tomber, mais que le temps de la réflexion s’est allongé.
Subitement, quelle était devenue l’urgence alors que toutes les conditions de l’introspection tant attendue étaient réunies?
Oui, il a fallu quelques efforts sur l’engagement initial de communiquer quotidiennement avec la Terre et ses consorts puis décider de lâcher prise (ça doit être ça , larguer les amarres), mais quelques mètres cubes de gerbes parsemées aux 4 coins du globe – avec les courants – ont passablement aidé à la manoeuvre.
La terre est plate quand on la voit de la mère, mais ça commence à être une autre histoire lorsqu’elle est en vue. La vue du père, ce sera pour un autre chapitre …
Avec 7000 m de liquide sous les pattes, et au moins autant de kilomètres de gaz au-dessus des yeux, autant dire qu’il n’y a pas beaucoup d’âmes vivant aux alentours et capables de vous distraire d’un profond remue-ménage interne.
Certes, quelques poissons volants découverts au petit matin asséchés sur le pont, des oiseaux survenus de nulle part tournoyant autour du mat, des dauphins rigolards jaillissant devant l’étrave ou une gigantesque tortue nous regardant de travers tentent de nous faire croire au Darwinisme; mais nous ne sommes pas dupes : la Terre est plate !
Se retrouver pendant une bonne quinzaine – une quinzaine de quoi? est ce qu’on compte encore? on compte quoi? on aligne des bâtons sur les murs de la cellule? – dans cette situation, apporte ses fruits empoisonnés et finalement plus de questions que de réponse (au singulier, parce que même, une seule réponse aurait permit de profiter d’un socle – mais là, rien, nada, quepouic, Nichts !)
Le grand avantage est que l’apparition en surface de ces questions, simplement sur-multipliées par la solitude et l’absence de repères ou en tout cas leur raréfaction, faisait, somme toute, partie du package de démarrage de l’Aventure – on notera, dans le Robert : sans but précis.
C’est pourquoi et entre autres pour éliminer ces repères, il était nécessaire de prendre un certain temps et un certain recul pour leur digestion.
Donc voilà, c’est un préambule à d’autres élucubrations rendues possibles par cette expédition, et ça, cette liberté, c’est quelque chose qu’on – enfin, je, histoire de ne pas embarquer tout le monde dans la même galère – n’est pas près d’oublier – du même acabit que l’usage de psychotropes.

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