C’est l’histoire d’un mouillage abouti, dans tous les sens du terme. Voici l’affaire.
Le temps est frais, mais le soleil fréquent. Et la lune passe lentement sous la pinède.
Au soir d’un plaisant cabotage par temps calme en baie de Quiberon, nous décidons de jeter l’ancre à distance très modeste de l’île d’Ilor, pour s’y poser, sacrifier au traditionnel apéritif vespéral, puis dîner dans l’unique restaurant. Un endroit charmant, un paysage presque enfantin qui fait penser à Robinson, à Vendredi, à l’Île au trésor …
L’équipage, c’est trois garçons aguerris (Peter Pan et les garçons perdus?) et une intrépide coéquipière (Wendy?).
Notre chef de bord, futur capitaine au long cours, aura longuement évoqué dans l’après-midi, ce projet de traversée Bretagne Antilles qui lui tient tant à cœur, détaillant par le menu bateau, étapes, itinéraires, contraintes, planning, moyens, délais, équipages…
À l’écouter, j’ai la tête pleine de songes tropicaux et de réminiscences adolescentes, je suis le capitaine Troy à la manœuvre sur le Tiki, sa goélette en acajou, avec une jolie brune en bikini à mes côtés, un verre de rhum en main. En bref, je suis prêt pour de nouvelles Aventures dans les Îles.

L’annexe est mise à l’eau à la poupe du voilier, et bientôt notre Miss descend l’échelle. Mais lorsque ses trois compères la rejoignent, force est de constater un léger problème dans l’équilibre du bateau, sans doute un manque de pression du pneumatique.
Une fuite, peut-être, ou le surpoids intempestif de l’un des nôtres? Chacun y va de son regard furtif à l’endroit où les kilos superflus se nichent, afin d’identifier l’éventuel coupable. Le temps presse, la pression d’air diminue à vue d’œil, il est l’heure, à notre tour, de se mettre en route.
Nous voilà installés, alors qu’une légère appréhension me surprend: Et si …
Des images de Trafalgar, de Mers-el-Kebir, du Titanic s’invitent et se bousculent. Hélas l’eau pénètre rapidement, les chaussures baignent, le canot gîte méchamment. Nous voici enfin parvenus à nous hisser à bord, nos pantalons sont des serpillères. Pas le choix, il faut se dessaper, et c’est, rouge, noir, rayé, la fête du slip…
Est-ce un hasard? Une phrase malencontreuse? Bientôt l’un d’entre nous relance la conversation sur le projet transatlantique du capitaine.
-« Elle sera en bon état ton annexe? »
-« Dis-nous, capitaine, n’oublie pas, pense à vérifier l’état de la bonde! »
-« Eh les gars, Je me demande si des exercices de sauvetage ne seraient pas nécessaires, qu’en penses-tu, capitaine? »
On a retrouvé une bouteille de vieux calva, le débat tourne à la franche rigolade. La soirée sera longue et la nuit sera courte, mais nos pantalons seront séchés quand on regagnera le plancher des vaches. Plus tard, on continuera longtemps les uns les autres à vaticiner sur ces fortunes de mer, qui font le sel et la beauté du récit maritime.
Merci capitaine.
Texte de Raymond Fortanier

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