Par choix, ma transatlantique n’est que partielle: pas de Golfe de Gascogne, ni de traversée longitudinale… Je voyage en toute latitude.
Quelle liberté mais aussi quelle audace!

De la Galice au Cap-Vert, ce sont 2000 milles nautiques qui ont glissé… que dis-je, qui ont filé comme ce temps marin qui s’est peu à peu dissous dans un éternel recommencement. De l’aube au couchant, du crépuscule à l’aurore, il n’y avait plus d’urgence hormis celle de veiller sur le bord, sur l’humeur du ciel et sur nous-mêmes.
Comme autant d’ombres ténues dans l’immensité matinale, trois archipels sont venus rompre, tour à tour, notre “solitude” océane: la luxuriante Madère, les radieuses Canaries et le vibrant Cap-Vert.
Solitude, ai-je écrit? À dire vrai, je ne l’ai guère ressentie, chavirée, comme je l’étais, par la fascination du grand large et le tumulte des bords. Premiers frissons des alizés, horizons grandioses, couchers de soleil flamboyants, timides aurores, sonorités martelantes, illusions auditives; sans omettre ces mammifères marins qui sont encore et toujours une rencontre magique, un émerveillement enfantin!


Et le doute, me direz-vous? Que vous raconter, si ce n’est ce petit clin d’œil devenu le leitmotiv de notre descente:
-“Le bateau lâche, le bateau lâche, le bateau lâche…”.
Et Joël de me répondre “Non, le bateau ne lâche pas!”.
-“T’es sûr?”
Doute et confiance ne s’excluent pas, ils se nuancent. Finalement à nos âges, c’est le corps qui inquiète. Qu’il ait été tonique naguère, la grande question reste celle de sa résistance face à l’audace de nos défis. On peut bien se bercer d’illusions, le corps lui ne ment pas, il s’impose comme une vérité immédiate.
Pourtant la machine est surprenante et lorsque le défi est relevé, le rééquilibrage psychologique peut être d’une grande puissance…
Une autre forme de thérapie!
©Betty Lesnes

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